Prélèvement à la source, quelles conséquences pour la défiscalisation ?

Prélèvement à la source, quelles conséquences pour la défiscalisation ?

Le prélèvement à la source : la règle générale en Europe

La France est à ce jour l’un des derniers pays européens à ne pas appliquer de prélèvement à la source pour le paiement de l’impôt sur le revenu. Cette exception est en voie de s’achever car ce mode de recouvrement de l’impôt sera mis en œuvre à compter du 1er janvier 2019, ainsi que la confirmé le 1er ministre Edouard Philippe le 4 septembre dernier.

Concrètement, les contribuables paieront chaque mois une part de leur impôt sur le revenu lié à l’année en cours. Les salariés verront leur fiche de paye amputée de cette retenue et les indépendants, et tous les contribuables pour les revenus non salariaux, seront prélevés par l’administration fiscale. Ainsi l’impôt ne sera plus collecté avec un an de retard comme c’est le cas aujourd’hui.

Les conséquences en matière de défiscalisation

En matière de défiscalisation, le prélèvement à la source aura aussi des conséquences. Comme dans le système actuel, les contribuables devront remplir au mois de mai de l’année suivante une déclaration de revenus dans laquelle ils déclareront aussi leurs réductions et crédits d’impôt de toute sorte. En revanche, l’impôt aura déjà été payé sur une base ne tenant pas compte de ces défiscalisations, le contribuable sera donc créditeur de ces sommes vis-à-vis de l’administration fiscale. Comme aujourd’hui dans le cas de crédits d’impôt ou d’acomptes payés supérieurs à l’impôt réellement dû, les défiscalisations de toutes sortes seront remboursées par le fisc au contribuable à la fin du mois d’août / début du mois de septembre. Pratiquement, il n’existera donc plus de différence entre réductions et crédits d’impôt, les deux devenant remboursables.

En conclusion, si le modus operandi est donc différent de ce que nous connaissons aujourd’hui, le résultat est le même.

2018 sera t’elle une « année blanche » pour la défiscalisation ?

Pour éviter une double imposition en 2019 (prélèvement à la source sur les revenus de 2019 + impôt sur les revenus de 2018) la loi prévoit que l’année 2018 soit une « année blanche », c’est-à-dire non imposable. Afin de neutraliser l’année 2018, l’administration fiscale mettra en œuvre un processus très complexe appelé CIMR (Crédit d’Impôt Modernisation du Recouvrement) qui consiste à créditer chaque contribuable d’un montant égal à l’impôt qui aurait été dû, à la manière d’un avoir annulant une facture en comptabilité.

Pour limiter les effets d’aubaine liés à cette année blanche, ce fameux CIMR ne couvrira que les rémunérations habituelles. En d’autres termes les éléments exceptionnels (bonus ou primes exceptionnels, dividendes, produits de cession d’entreprise, …) perçus en 2018 seront taxés en 2019.

S’agissant de défiscalisation, certains particuliers s’inquiètent du sort de 2018. En effet, si l’année n’est pas taxable, les réductions et/ou crédits d’impôts acquis au titre de cette année ne risquent-ils pas d’être annulés par l’administration fiscale ? Heureusement non ! Toutes les économies d’impôt liées à des processus de défiscalisation en valeurs mobilières (FIP, FCPI, investissement direct en PME, mandats de gestion ou Girardin industriel) acquises au titre de 2018 seront remboursées en 2019.

Il en est de même pour les opérations de défiscalisation portant sur des investissements immobiliers de type Scellier, Duflot ou encore Pinel. Les investissements sous le régime des Monuments Historiques en revanche feront l’objet d’un traitement particulier (cf. Comment défiscaliser en loi Malraux, Monument Historique ou Déficit Foncier en 2018 ?)

L’administration fiscale s’est engagée à rembourser les crédits et réduction d’impôts dus au titre de l’année 2018 dès le 15 janvier 2019 à hauteur de 60 % du montant total de la réduction, le complément étant soldé en septembre 2019. Les déductions du revenu imposable et les dispositifs one-shot ne devraient pas être concernés par cette mesure.

En somme, il n’y a pas d’inquiétude à avoir. Même si le prélèvement à la source sera mis en œuvre, les défiscalisations acquises au titre de l’année 2018 ne seront pas perdues.