La France face au défi de la dépendance des personnes âgées

La France face au défi de la dépendance des personnes âgéesPour bien appréhender l’un des plus grands défis social, médical, et, intergénérationnel auquel va être confrontée la société française dans les années à venir, à savoir la dépendance des personnes âgées, il est indispensable d’avoir à l’esprit quelques chiffres sur la réalité démographique de notre pays. (ci-contre : la population de la France, hommes et femmes, par année de naissance depuis 1910).

Mais avant toute chose, comment peut-on définir la notion de dépendance ?

La dépendance peut se définir comme étant l’incapacité permanente totale ou partielle à assumer les actes essentiels de la vie quotidienne (se déplacer, se laver, se nourrir). Cette dépendance « physique » s’accompagne très souvent de déficiences mentales.

Lorsque l’on interroge les français sur le thème de la perte d’autonomie, 80 % d’entre eux ne souhaitent pas recourir à une maison de retraite spécialisée pour leurs proches (le sentiment d’abandon du parent âgé est humainement insupportable pour nombre d’entre nous) voire pour eux-mêmes (la sensation que cette demeure sera la dernière n’est pas assumée).

Malheureusement pour celui qui a déjà été confronté à la gestion d’un parent dépendant, le recours aux établissements médicalisés s’avère souvent être la solution ultime et incontournable. S’occuper d’une personne dépendante au quotidien nécessite une attention de tous les instants. Qui peut, lorsqu’il est en activité ou âgé, accorder tout le temps nécessaire à l’accompagnement d’un proche dépendant ? Si plus de la moitié des personnes âgées de plus de 60 ans affirment aider un proche dépendant, la grande dépendance (toilette, alimentation, santé, surveillance) implique inévitablement le placement dans un établissement spécialisé, ne serait-ce que pour éviter le sentiment d’isolement. Peu de gens disposent des moyens financiers nécessaires à la présence d’une auxiliaire de vie à temps plein et/ou du temps nécessaire pour s’occuper décemment de leurs proches.

La population française vieillit. La part des seniors dans la population augmente. Leurs besoins vont irrémédiablement augmenter. Derrière cette évidence trop souvent entendue, se cache une situation dont on ne mesure pas suffisamment les enjeux.

La dépendance, un enjeu démographique

Les classes d’âges antérieures à 1945 comptent entre 8 000 et 559 000 individus. Ici nous parlons des personnes âgées de 69 à 100 ans, aujourd’hui.

Les classes d’âges qui vont se succéder à partir de 1946, font craindre un réel problème sociétal dont nous ne mesurons pas suffisamment les impacts à titre individuel. En effet, les effectifs augmenteront à 742 000 personnes pour l’année 1946 et culmineront à 951 000 pour les personnes nées en 1964 (soit pratiquement 400 000 personnes de plus entre 1964 et 1945 par exemple, en comparaison des effectifs précédents les années 1946).  Nous décrivons des populations âgées de 51 à 69 ans actuellement.

Dans à peine plus de deux décennies, ces générations seront naturellement confrontées à des situations de dépendance.

Un autre phénomène va amplifier ce mouvement lié à l’amélioration de la qualité de vie. Il s’agit de l’accroissement de l’espérance de vie. En 2004, un homme de 60 ans avait une espérance de vie de 21,5 ans. En 2014, elle augmente à 23,2 ans. Pour les femmes, l’espérance de vie augmente de 26,5 ans à 27,7 ans, selon les chiffres de l’I.N.S.E.E.

Selon un rapport rédigé en conclusion du débat national sur la dépendance, environ 7,8 % des personnes âgées de plus de 60 ans sont concernées par cette situation de perte d’autonomie. Cette phase de la vie dure en moyenne 4 ans.

Selon les chiffres de l’I.N.S.E.E., en 2012, les plus de 60 ans représentaient 23,7 % de la population française. Soit environ 15,3 millions d’habitants. La population française touchée par la dépendance était donc de 1,193 million de personnes au sens de l’A.G.G.I.R. [1] (si l’on s’appuie sur les éléments fournis lors du débat national sur la dépendance). Or ces chiffres ne prennent pas en considération l’évolution démographique à venir : le papy-boomer.

Toujours selon une projection de l’I.N.S.E.E. (projection), en 2025, l’Hexagone comptera 67,3 millions d’habitants. Les plus de 60 ans représenteront 28,1 % de la population. Si le ratio de 7,8 % de personnes âgées de plus de 60 ans touchées par la dépendance se maintenait, ce sont 1 475 000 personnes qu’il faudrait prendre en charge. Les plus de 60 ans voit leur population croître de 60 000 individus chaque année. Depuis près de 10 ans, les plus de 60 ans sont plus nombreux que les moins de 18 ans…

Or, selon la D.R.E.E.S. [2], à fin 2011, notre pays comptait 7 752 établissements en capacité d’accueillir les personnes dépendantes de façon permanente, soit 576 000 places tous établissements confondus (EHPAD à but lucratif et non lucratif, EHPAD publics). Soit 16 lits pour 100 personnes âgées de plus de 80 ans.

L’enquête menée par l’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (A.N.E.S.M.), datant de 2010, indique que le taux d’occupation moyen des EHPAD (tous établissements confondus), était de 85 %.

Le réservoir constitué par les places disponibles dans les établissements médicalisés existants laisse peu de marges de manœuvre pour faire face à une demande qui va s’accroître naturellement et massivement. Pour illustrer ce dernier point, cinq régions vont voir leur effectif âgé de plus de 80 ans plus que doubler entre 2012 et 2040, selon une étude minutieuse diligentée par « Cap retraite » pour cerner au mieux les attentes de ses utilisateurs (Picardie, Rhône-Alpes, Pays de la Loire, Alsace et Languedoc-Roussillon). Au niveau national, la population les plus de 75 ans croîtra de 5,88 millions à environ 10,3 millions d’individus entre 2012 et 2040.

Les places réservées à l’accueil temporaire ou de jour représentent à peine 16 000 places.

L’investissement locatif en résidence séniors L’investissement locatif en Ehpad

Quel est le coût de la dépendance pour la collectivité ?

Lors de ce débat sur la dépendance, la question du financement a été abordée. Le coût de la prise en charge de la dépendance est estimé à 34 milliards d’euros selon le rapport de Bertrand Fragonard (rapport issu du groupe de travail lancé par Roselyne Bachelot, en 2010).

Ces dépenses sont ventilées entre quatre postes principaux :

  • Dépenses de soins : 14,4 milliards d’euros,
  • Aides financières : 8,3 milliards d’euros,
  • Dépenses d’hébergement : 10,1 milliards d’euros,
  • Dépenses de prévention : 1,5 milliard d’euros.

L’Etat concourt pour 24 milliards d’euros, les dépenses privées laissées à la charge notamment des personnes dépendantes et de leur famille se montent à environ 10 milliards d’euros.

Compte tenu de l’état des finances publiques, du niveau des prélèvements obligatoires, et, de la nécessité impérieuse de trouver de nouveaux financements pour faire face aux charges qui se profilent, une réflexion sur le volet financier s’imposait.

Il est à noter qu’entre la période 2002-2010, la prise en charge du financement de l’aide personnalisée à l’autonomie par les départements s’est notoirement dégradée. Ce taux a diminué de 43 à 28,5 %.

Quelles solutions peut-on imaginer pour résoudre cet enjeu national ?

Cette situation est-elle sérieuse ou peut-on s’en accommoder sans qu’il y ait des répercussions pour chacun d’entre nous ?

Une série de réponses a été apportée par un collège d’experts, lors du débat national organisé en février 2011, autour du thème abordé. La situation appelle une réaction de l’ensemble de la population et des autorités (dans son acception la plus large).

Quatre axes de réflexion avaient été mis en avant lors de ces réunions :

  • Le maintien prolongé à domicile grâce aux nouvelles technologies.
  • Une plus grande implication des proches au quotidien.
  • Une plus grande anticipation financière des français quant aux besoins engendrés par leur future dépendance.
  • Une refonte du système de solidarité fondé sur l’universalité et le paritarisme dans le but de prendre en charge ce risque.

Ces réponses ont été enrichies par des travaux parlementaires qui alimentent le débat vers de nouvelles pistes :

  • Réorientation des contrats d’assurance vie ou des plans d’épargne retraite vers le risque dépendance complétée par une extension de ce même risque des contrats complémentaires santé.
  • Gager partiellement le patrimoine (immobilier) des personnes âgées les plus aisées pour subvenir aux ressources de l’allocation personnalisée d’autonomie.
  • Aligner le taux de C.S.G. des retraités sur celui des actifs.
  • Création d’un deuxième jour de solidarité.

Toutefois, la limite de cet exercice tient au fait que les solutions suggérées portent principalement sur la pérennisation des ressources de financements de la dépendance.

Bien évidemment, une plus grande mobilisation de l’environnement familial sur le sort des seniors âgés et dépendants est nécessaire. Mais elle ne pourra à elle seule solutionner ce vaste défi sociétal. Cette sollicitation induit une modification profonde du mode de vie, et, des comportements des générations précédentes. Est-on prêt collectivement à accorder plus temps au quotidien pour subvenir aux besoins de nos aînés lorsque l’on est soi-même happé par d’autres obligations chronophages ? Le lien qui pouvait exister dans les générations précédentes a notablement évolué avec l’éloignement géographique (mobilités professionnelles), et, la modification du foyer familial (foyer monoparentaux, familles recomposées, nombre d’enfants par famille divisé par deux en cinquante ans…).

Le recours aux nouvelles technologies (en matière de service, de santé, du mieux vivre et du maintien à domicile) est une piste très prometteuse à explorer et exploiter. Elles viendront compléter les dispositifs actuels comme l’accès aux établissements d’hébergement pour les personnes âgées dépendantes (Ehpad), qui devront eux-mêmes tenir compte de ces évolutions pour être en phase avec la population accueillie.

L’institut national de la statistique et des études économiques nous apprend que la France, qui comptait 200 centenaires en 1950, en dénombre 17 000 actuellement. Il s’attend à une explosion de cette population à près de 200 000 personnes en 2060.

L’Observatoire 2014 Cap Retraite nous promet, dans un document disponible sur le site data.gouv.fr [3], un phénomène de pénurie d’établissements pour les seniors auquel notre pays aura dû mal à faire face, si les progrès en matière de maintien au domicile des personnes âgées dépendantes n’étaient pas à la hauteur de l’espoir suscité par les nouvelles avancées « techniques ».

Si le ratio de 16 lits pour 100 personnes âgées de plus de 80 ans se maintenait, à l’horizon 2040, le déficit en lits médicalisés serait de plus de 540 000 places, selon l’ Observatoire 2014 Cap Retraite, soit un déficit de 5 400 résidences à combler.

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[1] A.G.G.I.R. : Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources (il s’agit d’un outil permettant de déterminer le degré de dépendance physique ou psychique et/ou de perte d’autonomie de la personne âgée dans les actes de la vie de tous les jours).

[2] D.R.E.E.S. : Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques.

[3] Cap Retraite est le premier service français de conseil en maison de retraite. Observatoire 2014 Cap Retraite (data.gouv.fr).